Il y a peu, au Centre d’Hébergement d’Urgence (C.H.U.), je reçois Madeleine dans mon petit salon aménagé pour les soins. Elle est pressée de me rencontrer, nous ne nous sommes jamais vues. Madeleine est arrivée en France il y a quelques mois. Elle vient de RDC (« Congo Kinshasa »), où elle enseignait. Elle a plus de 60 ans. Nous passons un long moment ensemble. Elle a besoin de parler, de me faire part de ses douleurs (« c’est comme irradié de la fesse au talon »). Elle veut un massage. Je lui dis que je dois être prudente si c’est une sciatique. Elle me dit : « Si ça se trouve, j’ai une douleur quelque part, mais peut-être qu’elle a son origine ailleurs » et je lui réponds que c’est tout à fait possible en effet. Mais ce qu’elle veut surtout, c’est de la détente. Je lui fais un long massage de tout le corps. je remarque une résistance assez marquée au niveau des bras, mais je sens qu’elle s’efforce de lâcher prise.
A la fin du soin, elle reste un moment les yeux dans le vague, puis je vois ses larmes couler.
Nous prenons le temps de l’échange nécessaire. Elle me raconte alors ce qu’elle a subi au pays, son vi*l, son traumatisme qui ne la quitte pas et ses nuits de cauchemars. Je lui demande si elle a un autre lieu de paroles, en effet, elle est suivie par ailleurs.
Elle me remercie de l’avoir aidée, par ce soin, à retrouver des sensations corporelles.
De mon côté, je la remercie d’avoir su faire me confiance, et par là-même, de s’aider à reprendre confiance en elle.
Il restera du chemin, c’est indéniable… Cependant, ce soin, c’est comme un cadeau qu’elle s’est offert, pour s’aider à se réapproprier son corps.
Marcher sans relâche…
A longueur d’années, à longueur de saison, le ‘sans-logis’ marche, sans relâche, il marche…Aller et venir d’un bout à l’autre de la ville,S’installer à l’endroit ‘idéal’ pour...




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